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Histoire du HDC France
- Le 22/02/2025
Dans la France d’après-guerre, naissance des H-DC :
Comme souvent, la France a été en matière de moto-clubs un pays précurseur, même si l’histoire retient plus facilement les heures glorieuses de la grande Amérique. Le plus ancien Moto-Club français, le Moto-Club Dauphinois, a été créé en 1899, soit deux ans avant le premier club américain. Le 3 mars 1903 est créée l’Union Motocycliste de France, qui deviendra en 1945 la FFM (Fédération Française de Motocyclisme), à laquelle s’affilient la plupart des Moto-Clubs de l’époque. Son rôle consiste principalement à organiser les manifestations sportives motocyclistes.
Dans les Moto-Clubs de la première moitié du 20e siècle, on organise des gymkhanas, des courses, des balades, ouvertes à toutes les marques. Alors que la France compte déjà des centaines de moto-clubs, en 1947, un groupe de Parisiens achète des Harleys à l’armée américaine, qui brade ses machines après la démobilisation. Tout fiers de leurs motos, ils décident de créer un club et, tout naturellement, le baptisent le Harley-Club de Paris. L’association est enregistrée au Journal Officiel le 11 décembre 1948, domicilié au 2 place de la Porte de Bagnolet à Paris avec pour objet de : « grouper amicalement les harleyistes, défendre les intérêts tant de ses membres que du mouvement motocycliste en général ». Le tout premier H-DC est né ! En novembre 1948, la revue Motocycles consacre d’ailleurs sa couverture à sa première sortie officielle ! On peut y voir cette rangée de WLA démilitarisées, bien alignées, ornées sur leur-garde boue avant d’une plaque d’immatriculation immunisée aux radars routiers du futur… Le 28 janvier 1950, le Harley-Club de Paris change son nom au Journal Officiel et devient le Harley-Davidson Club de Paris.
En ce temps-là, on roule rarement avec un casque, mais plus souvent avec une petite casquette en cuir, à la Marlon Brando. Celles des membres du club sont parfois dotées d’une visière blanche… On porte aussi le blouson noir et l’écharpe blanche, comme signe de reconnaissance.
Et c’est ainsi que va naître la Custom Culture à la française.
À l’époque, trouver des pièces n’est pas chose aisée, alors on s’entraide à l’intérieur du club, on se fournit auprès de Pierre Borie, un passionné qui, dès 1946, est devenu l’importateur exclusif de Harley-Davidson en France (il s’est ensuite associé en 1948 à P. Bierlein, à Strasbourg, qui importait, lui, pour l’est de la France). Tous les heureux propriétaires parisiens viennent donc chercher leurs pièces chez Borie, dans son atelier situé boulevard Soult, près de la Porte Dorée, puis au 22 rue de Picpus (des années plus tard, son fils Michel fera fructifier la société, qui est aujourd’hui devenue la célèbre concession HD Borie, en banlieue parisienne). Dans le club, ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter du neuf se tournent plutôt vers la célèbre casse Moine, à Sarcelles, où l’on trouve quelques pièces Harley de l’armée américaine…
Parmi les membres du Harley-Club de Paris, un certain Roger Périard, à l’époque livreur de journaux (il les distribuait au guidon d’un side 750 WLC !), ouvrira ensuite sa propre concession Harley, d’abord à Sartrouville, puis à Argenteuil. Véritable figure du milieu biker des années 50-60, c’est lui qui fournira en 1964 au jeune Johnny Hallyday sa première Harley, une Hydra Glide rouge et blanc de 1956, que l’idole des jeunes reçoit juste avant de partir au service militaire… À la fin des années 80, Roger Périard a revendu sa concession d’Argenteuil, qui a été renommée Springtime Motorcycles par son nouveau propriétaire avant de disparaître complètement.
Dans les années 1950, le Harley-Club de Paris participe à plusieurs « rallyes », y compris à l’étranger, avec d’autres clubs européens. En 1951, il participe à un concours d’élégance organisé par nos voisins belges, à Bruxelles, où ils se fait appeler Harley-Davidson Club de France, même si celui-ci n’a encore aucune existence officielle ! Avec ses cinquante motos, le club parisien impressionne tant les clubs européens qu’ils lui confient l’organisation d’un rallye international en 1953 : le rallye de la Tour Eiffel. Après ce beau succès, petit à petit, le club s’essouffle et disparaît complètement en 1955.
Cependant, au début des années 1960, un nouveau groupe de passionnés de Harley se cristallise à Paris autour d’un certain Maurice Combalbert, qui s’occupe des motos au quatrième sous-sol de la PAMA (Paris Autos Motos & Ameublement), place de Clichy. Mécano de génie, il transforme des 1200 Duo Glide et des 750 WLC qu’il récupère dans les stocks de machines réformées de la police Belge, ou bien des WLA qu’il rachète aux militaires de Châtellerault. C’est, en quelque sorte, le premier « customiseur » français, le premier à fabriquer de vrais choppers à l’américaine. Une bande se forme autour de lui et de Roger Périard : parmi eux, René Dindin, Thierry Donders, Pierrot l’anguille, Vladi, Michel de Barbès… Ces fondus de Harley se retrouvent à La Havane, un bistrot à quelques pas de la PAMA, puis au café Dumas, boulevard Voltaire (on les appelle d’ailleurs alternativement la bande du Havane, la bande de Clichy ou la bande de Voltaire…), avant de parader dans Paris au guidon de leurs belles bécanes.
Petit à petit, Combalbert devient si célèbre que même les stars viennent chez lui faire préparer leurs Harleys : Brigitte Bardot, Franck Alamo, Line Renaud, Joe Dassin, Johnny Halliday… C’est Combalbert, par exemple, qui a préparé la WL750 utilisée dans le clip de Brigitte Bardot, Besoin de personne en Harley-Davidson. On le voit même poser aux côtés de Line Renaud sur la pochette de son 45 Tours Laisse pas ton cœur au parking ! Véritable légende du milieu Harley, Maurice est décédé en novembre 2010.
Fidèles à l’image des blousons noirs, il n’est pas rare que les bagarres éclatent autour de la bande du Havane. Un jour, pour une sombre histoire de moto, Combalbert se fait même tirer dessus devant un bar de la rue de Douai, par un surnommé Bill le Sauvage… Il s’en sort indemne, mais la police commence à s’intéresser à ces bikers turbulents. Ils multiplient les contrôles, leur interdisent de rouler en groupe, sous prétexte qu’il faut être enregistré en tant qu’association pour organiser des virées… Ainsi, dès 1965, le Harley-Club de Paris n’existant plus, René Dindin, l’un des jeunes motards de la bande de Combalbert, rêve de créer un Harley-Davidson Club de France. Il n’y parvient pas tout de suite, et tout ce petit monde se contente d’aller ensemble aux rallyes organisés par les H-DC des pays voisins, en Belgique, en Angleterre, en Hollande…
À cette époque, il existe toutefois quelques H-DC en province, comme à Cannes, par exemple. René Dindin y est d’ailleurs affilié. En 1969, un certain Alain Le Breton crée le Harley-Davidson Club de Saint-Germain en Laye. Deux ans plus tard, fort de cette expérience, il aide Dindin à réaliser son rêve : lancer enfin officiellement le Harley-Davidson Club de France. Sa création est officialisée en 1971, à l’issue du rallye international de Maisons-Laffitte. Le H-DC France est né.
Le H-DC de France, 1971-1985
René Dindin, décédé en juin 2012, est sans doute l’une des principales figures de l’histoire des H-DC en France (le magazine Freeway lui a d’ailleurs consacré de nombreuses pages dans son numéro 186). Anecdote amusante, Dindin roulait dans les années 60 sur une Hydra Glide qu’il avait rachetée au cinéaste Claude Chabrol, lequel en avait acquis deux pour le tournage de son film
Les Bonnes Femmes…
Ainsi, sous son impulsion, dès 1972, le Harley-Davidson Club de France compte déjà soixante membres. Au bout de deux ans, Dindin cède sa place de président à son ami Thierry Donders. C’est à cette époque, en 1975, que tous les H-DC d’Europe se mettent d’accord pour organiser, chaque année, un rassemblement commun, lors du week-end de la Pentecôte, qu’ils baptisent Super Rally. Le premier organisé par les français aura lieu en 1980, en région parisienne, puis le second en 1985, à Jablines.
En 1973, un membre prestigieux rejoint le club : un certain Michel Colucci, alias Coluche. Cinq ans plus tard, l’humoriste est même nommé membre d’honneur.
Afin d’informer ses membres, le club édite un magazine, baptisé Le Coq Harley, véritable collector bien difficile à trouver aujourd’hui !
En 1979, c’est Lionel Matra qui prend la présidence du club mais, un an plus tard, son suicide tragique à Colombes provoque la lente fin du club, qui compte alors cent cinquante adhérents. Ébranlés, la plupart des membres se tournent vers divers H-DC plus modestes mais déjà mythiques, comme le H-DC La Grotte aux fous, celui des Clodos sauvages ou le H-DC Frontières…
Le H-DC de France, moribond, disparaît en 1985, après l’organisation du second Super Rally.
En 1991, principalement à l’initiative du H-DC Belgique (très actif depuis 1974, et qui avait déjà organisé plusieurs rallyes internationaux) et du H-D Riders Club Great Britain, un groupe de H-DC européens se réunit pour créer la Fédération Harley-Davidson Clubs Europe. Elle compte aujourd’hui 38 000 membres répartis sur 120 clubs dans une trentaine de pays d’Europe, et est devenue, très naturellement, l’organisatrice officielle du Super Rally annuel.
1992, le H-DC de France ressuscite…
Sept ans après la disparition du H-DC de France, en 1992, quatre H-DC parmi les plus actifs du pays (Les Clodos, fondé en 1974, Les Morfals fondé en 1978, La Grotte aux Fous fondé en 1982 et Les Old Stars fondé en 1986) décident de ressusciter le club, mais cette fois sous la forme d’une fédération, à l’image de la FH-DC Europe, le faisant alors passer à la forme plurielle : Harley-Davidson Clubs de France . La structure actuelle du H-DCF n’est donc plus celle d’un club unique, mais d’une fédération où chaque club est autonome sur le plan de son organisation. À l’instar de l’ancien club, cette fédération édite un journal interne, intitulé La Transmission primaire.
L’année même de sa création, le Super Rally est organisé en France et, cette fois, c’est le H-DC Niglo, le club des gens du voyage qui, fort de son expérience en matière d’organisation d’événements, se charge des festivités. Un rassemblement mémorable, qui se tient sur le circuit Carole, en région parisienne, avec la présence notable de Johnny Hallyday en personne (deux ans plus tard, il créera d’ailleurs son propre H-DC, les Desperados…) !
Aujourd’hui, le H-DC France compte une trentaine de clubs titulaires, tous également affiliés à la Fédération Harley-Davidson Clubs Europe.